Des travaux antérieurs ont déjà montré que les pratiques biodynamiques pouvaient être associées à des modifications des propriétés chimiques et biologiques des sols ainsi qu’à des effets sur les processus de compostage. Toutefois, l’origine de ces effets reste discutée : relèvent-ils de la conduite globale du système agricole ou de l’action spécifique de certaines préparations ?
Dans ce contexte, les auteurs posent la question suivante : les préparations biodynamiques possèdent-elles une capacité biostimulante directe de l’activité microbienne en lien avec les processus de compostage et d’humification ?
Présentation du dispositif expérimental
L’étude porte sur les principales préparations utilisées en biodynamie dans le compostage (502 à 507), ainsi que sur les préparations 500 (bouse de corne) et 500P.
L’approche expérimentale repose sur deux axes complémentaires. D’une part, une caractérisation physico-chimique des préparations a été réalisée afin d’évaluer leur composition et leur degré de transformation biologique (rapport carbone/azote, composés phénoliques, activité antioxydante, structure de la matière organique). D’autre part, des essais biologiques ont été menés pour mesurer la capacité des préparations biodynamiques à stimuler la prolifération de micro-organismes impliqués dans la décomposition de la matière organique et le compostage. Concrètement, trois types de compost ont été réalisés et comparés : 1) compost de déchets verts, 2) compost de fumier et 3) mélange des deux. La moitié des tas a reçu les préparations biodynamiques et l’autre non (3 répétitions pour chaque type de mélange). Les mélanges ont ensuite été composté dans des pots en plastique de 10L conservés dans une chambre à 25°C. Les tas ont été retournés tous les deux jours, et des échantillons ont été prélevés à 30, 60 et 120 jours pour réaliser les analyses microbiennes.
Des résultats (bio)stimulants
1. Des préparations chimiquement différenciées
L’un des premiers résultats marquants est l’hétérogénéité chimique des préparations biodynamiques. Chacune présente une signature spécifique liée à sa matière première et son mode d’élaboration (fig. 1).
La préparation 500 : une matière fortement transformée
La bouse de corne (500) se distingue par un degré élevé de transformation de la matière organique. Les analyses montrent une structure relativement stabilisée, avec une proportion importante de composés humifiés. Elle présente également une teneur notable en composés phénoliques, associée à une activité antioxydante élevée, donc biostimulante pour la vie du sol et des plantes. Cette bioactivité est donc davantage liée à une stimulation abiotique de type hormonale (auxin-like) qu’à son activité microbiologique propre, qui est faible en comparaison des autres préparations.
Les préparations 502 à 507 : des profils très différents selon les plantes
Les préparations du compost montrent, elles aussi, des comportements contrastés.
Achillée (502) et camomille (503) présentent des profils relativement équilibrés, avec des niveaux intermédiaires de composés phénoliques et une activité antioxydante modérée.
Ortie (504) se distingue par une richesse plus marquée en composés azotés et une activité biologique potentiellement plus élevée.
Écorce de chêne (505) montre au contraire un profil plus “structurant”, avec des composés plus résistants et une forte présence de molécules complexes.
Pissenlit (506) apparaît comme une préparation intermédiaire, avec des caractéristiques plus diffuses.
Valériane (507) se démarque par une activité biologique particulière, souvent associée dans la littérature à des effets enzymatiques ou catalytiques dans le compost.
Ces résultats confirment que les préparations 502–507 apportent des “signatures biologiques” différentes au compost.
La préparation 500P : une combinaison plus active
La préparation 500P, qui associe la 500 avec les six préparations du compost, occupe une position à part.
Les analyses montrent qu’elle combine les caractéristiques de la 500 avec une diversité chimique accrue liée aux préparations végétales. Elle présente notamment une activité antioxydante élevée, une richesse en composés organiques variés et une structure globale plus hétérogène.
Pour les auteurs, cette combinaison pourrait expliquer pourquoi la 500P montre, dans certains essais biologiques, des effets plus marqués que la 500 seule.
2. Effets sur la prolifération microbienne dans le compost
Les essais biologiques montrent que plusieurs préparations biodynamiques sont capables de stimuler la croissance de micro-organismes impliqués dans la décomposition de la matière organique. Cet effet varie selon les préparations et les espèces de micro-organismes testées (fig. 2).
Que se passe-t-il dans les composts traités avec les préparations biodynamiques. Comment réagissent-ils d’un point de vue microbiologique ? Les résultats montrent que les composts ayant reçus les préparations biodynamiques présentent une activité biologique déjà significativement supérieure dès le 30e jour sur certaines souches bactériennes (fig. 3). Cette tendance s’amplifie fortement sur la quasi-totalité des souches une fois les composts arrivés à maturité (après 120 jours), en comparaison des témoins non-traités (fig. 4). Des résultats encore plus contrastés ont été obtenus avec les extraits liquides (thés de compost) réalisés à partir des différents composts.
Conclusion
Cette étude met en évidence la diversité chimique des préparations biodynamiques ainsi que leur capacité potentielle à stimuler l’activité microbienne dans des systèmes de compostage.
Sans conclure définitivement sur leurs mécanismes d’action au champ, elle apporte des éléments expérimentaux suggérant que ces préparations jouent un rôle actif dans l’orientation des processus d’humification et de transformation de la matière organique.
Par conséquent, cette étude indique que les produits préparés selon la méthode de Steiner (1924) par humification biotechnologique naturelle possèdent bel et bien une activité considérable sur la croissance bactérienne, tout comme les composts traités avec ces préparations, ce qui justifie amplement leur utilisation en agriculture biologique et biodynamique.
Lien vers l’article original : Piccolo, A., Drosos, M. & Cozzolino, V. Microbial proliferation activity of biodynamic preparations and biodynamic compost. Chem. Biol. Technol. Agric.13, 44 (2026). https://doi.org/10.1186/s40538-025-00891-y





