Thème de l'année 2018-19

L’économie de l’agriculture – entre l’individualité agricole et l’économie mondiale

L’agriculture biodynamique, source de relations et de création de valeurs

Quel rôle a l’agriculture dans la vie économique locale, régionale et mondiale ? Quel est son rôle envers la nature avec laquelle elle produit ? Quel est son rôle envers les êtres humains qu’elle nourrit ? La biodynamie propose-t-elle une approche spécifique de l’économie agricole ? En proposant ce thème d’année, nous voulons nous donner pour tâche d’observer plus précisément, de mieux comprendre et d’agir de manière partenariale au sein de l’économie.

La ferme est une petite entité économique en elle-même. C’est justement un des objectifs de la ferme biodynamique que de s’autogérer et d’atteindre une certaine autonomie par rapport à l›extérieur. Comprenons-nous véritablement cet idéal de l’organisme agricole clos sur lui-même ? Quelle est l’origine de la productivité pérenne, issue du lieu, du domaine biodynamique ?

Chaque ferme est également intégrée dans une économie régionale. En effet, il n’est pas possible pour chaque ferme de stocker elle-même ses céréales, les moudre et en faire du pain. De même, chaque ferme ne peut pas avoir sa propre laiterie ou son propre magasin. Aujourd’hui, la majeure partie des produits Demeter et biologiques arrivent au consommateur après avoir parcouru une chaine de production et de transformation issue de la division du travail.  Au cours de ces dernières décennies se sont constituées de multiples coopérations entre les entreprises de transformation ainsi que le commerce de gros et de détail. Ceci a donné naissance en de nombreux lieux à des débuts d’« associations économiques »*. L’économie associative est une impulsion proche de la biodynamie. Cette parenté a créé une forte impulsion sociale qui a notablement contribué au développement du marché des produits bios ces 30 dernières années.

Cependant, nous assistons depuis environ 3 ans à une évolution dramatique. Les produits bios et aussi toujours plus les produits Demeter se retrouvent dans le commerce conventionnel. On parle de conventionnalisation du marché bio. Comment réagir à  cette évolution ? Peut-on stimuler une nouvelle étape de développement de l’économie associative au sein du commerce régional bio et Demeter ? Quels sont les ébauches existant dans ce sens ? Où a-t-on développé des prototypes en ce qui concerne la formation du prix, l’établissement d’une relation consciente entre les producteurs et les consommateurs, le financement des entreprises, la question de la propriété du capital, de la terre, etc, ?

On trouve sur les fermes elles-mêmes les formes les plus diverses de transformation à la ferme et de commerce direct. Depuis les débuts du mouvement biodynamique, celui-ci s’est caractérisé par une orientation consciente vers le pôle de la consommation. De nouveaux rapports avec les consommateur ont été créées au fil du temps jusqu’aux AMAP (issus des CSA américains). On trouve dans ce domaine de nombreuses histoires passionnantes et stimulantes dans les différents pays et les différents secteurs. 

La biodynamie est une approche universelle qui peut être saisie et mise en pratique individuellement sous tous les climats et dans toutes les cultures. Cette approche conduit vers une individualisation croissante de la ferme. Cependant, nous nous trouvons devant le défi de ne pas seulement penser et agir régional mais aussi global. La base de la production agricole n’est pas seulement notre propre ferme mais aussi la terre entière en tant qu’être vivant. Il ne suffit pas d’assouvir notre propre faim mais la faim de tous les êtres humains sur terre. Quel est notre contribution au problème de la faim dans le monde ? Comment organiser le transfert sud-nord des produits Demeter ? Quelle est notre contribution à la guérison du système alimentaire mondial ? Que faut-il faire pour que le bio nourrisse véritablement le monde, pas seulement en remplissant les estomacs affamés.

Il devient toujours plus évident que l’agriculture n’est pas seulement responsable de la production primaire d’aliments car elle influence aussi par exemple la qualité de l’eau de boisson et le climat. L’action écologique de l’agriculture s’exerce bien au-delà de l’endroit où elle est pratiquée. Avons-nous avancé dans le développement et la réalisation des évaluations des coûts réels des différents types d’agriculture ? Cette relation n’est pas seulement écologique mais aussi économique. L’agriculture bio et biodynamique considérée comme une agriculture du vivant est le pôle qui équilibre le pôle de l’industrie, consommatrice de ressources. Si l’on n’évalue l’impact de l’agriculture que par sa contribution au PIB, on méconnait sa signification pour l’économie globale. Peut-on aider à faire reconnaître et à formuler la contribution réelle de l’agriculture dans l’économie globale ?

Le prochain congrès agricole sur ce thème aura lieu du 6 au 9 févier 2019 au Goetheanum (Dornach, Suisse)

* associations économiques : il ne faut pas confondre ce concept avec celui d’association (type association loi 1901). Il s’agit d’un concept forgé par Rudolf Steiner dans son approche tripartite de la société. De ce point de vue, l’économie devrait être gérée de manière autonome par ses acteurs qui s’associent autour d’une table-ronde pour décider collectivement du prix et des règles à appliquer.

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