Documentation du Congrès Agricole 2016

Compte rendu Congrès Agricole 2016

Contribuition de Benno Otter

Expériences et recherches

Contribution au congrès : Notre planète, un jardin global

Patrice Drai

A travers la biodynamie, depuis 1982, je n’ai eu de cesse de comprendre et d’avoir une idée duvivant, par le biais de la nature. Le moyen en a été la culture des plantes médicinales.

Pour ce faire, au cours de toutes ces années, l’expérimentation comparative m’a semblé nécessaire.

J’ai ainsi commencé par des expériences (basées sur les travaux de Maria Thun) sur les influences

cosmiques, ainsi que les préparats du compost. Il se crée au cours du temps une relation intime avec la terre et le végétal. Cette intimitéinconsciente ou qui devient consciente s’élabore avec les éléments et permet de rencontrer l’Être dela Terre et l’Esprit du Végétal grâce à l’éther de lumière.

Dans l’idée de voir notre Terre comme un jardin global l’expérience de notre hameau, à petite échelle, est intéressante : notre hameau se situe sur un domaine agricole de 60 ha. Plusieurs entreprises agricoles indépendantes se complètent, toutes en biodynamie, avec des échanges avec les différentes personnes en stage ou en apprentissage sur le lieu, et les visiteurs. Nous sommes unepetite partie (notre jardin) d’un ensemble d’activités : une réponse possible de ce que pourraientêtre la Terre, l’humain et la vie sociale, à une échelle plus grande.

Les expériences au jardin

Depuis une dizaine d’années, de nouvelles expériences ont pu se faire, très nombreuses et comparatives, que l’on peut qualifier d’essais de conscientiser un lien avec le végétal. Les semis et la germination sont pour cela un support d’expérimentation facile à mettre en oeuvre, où les paramètres (sol, eau, lumière, chaleur) sont plus facilement maîtrisables.

Il faut ouvrir l’espace intérieur de l’être humain pour arriver à développer une « relation » au végétal. Le principal obstacle à cette ouverture est la vie moderne, avec ses obligations de réussite, de productivité excessive… Il faut arriver à avoir une confiance absolue dans le vivant, et que l’entourage humain autour de soi soit porteur. La nature est abondante, elle ne demande qu’à donner, à une condition : que le jardinier y soit ouvert.

L’expérience intérieure : un exemple concret de travail avec la plante

Attention, il ne s’agit pas de travailler avec les êtres élémentaires, mais avec l’Esprit des végétaux.

Je prendrais l’exemple, parmi d’autres, du choix du terrain pour l’implantation d’une variété de plantes. Il n’y a pas de « méthode juste ». Cela dépend de la plante, du moment, de l’état où l’on se

trouve ce jour- là, etc…Il y a beaucoup de variantes possibles ! Photo de la camomille matricaire (camomille allemande) et explications (La camomille fleurit en mai chez nous, et d’habitude nous l’implantons sur un terrain en plein soleil, car le printemps est en général un peu humide et pas très chaud. Cette année- là, à ma surprise, la camomille m’a « conduit » au fond du jardin, tout près des bois, dans une parcelle très ombrée. J’ai hésité à la planter là, et puis je l’ai fait, au contraire des autres jardiniers de la région. Il s’est avéré que nous avons eu un printemps extrêmement chaud et sec, un temps de juin pour le mois d’avril, et de juillet pour le mois de mai…Toutes les autres camomilles ont souffert, et se sont lignifiées très tôt, alors qu’au jardin, à l’ombre, les miennes n’ont pas souffert et se sont très bien développées…). C’est par représentation imaginative, par l’intuition, en se reliant au sentiment, que j’essaye d’approcher l’Être de la plante.

Se représenter la métamorphose du végétal, autant le système racinaire que foliaire, jusqu’à la floraison et la fructification. Il faut « devenir cette image » et voir ce qui se passe. Cela nécessite de

bien connaître la plante. Il peut y avoir, à un certain moment, une perception lumineuse de ce végétal : il s’éclaire, globalement, ou bien cela peut être la fleur qui prend tout l’espace soudainement. Un contact s’établit alors, on est totalement livré à la plante, et c’est elle qui nous conduit où il faut, qui nous donne ses besoins…La « réponse » apparaît en soi.

Conclusion

Et Citation de Jacques Collin, qui a beaucoup travaillé sur l’eau, dans son livre « l’insoutenable vérité de l’eau » « …Beaucoup d’humilité est nécessaire pour aborder ce monde par- delà la lumière. En effet, il faut entrer en contact avec un univers subtil, à la fois mystérieux et silencieux, trouver les connexions intelligentes pour y accéder, et ensuite soi-même y vibrer pour entrer en phase et dialoguer intérieurement avec des phénomènes qui proviennent d’un univers autre, différent. »

Note : je suis jardinier, pas conférencier, et certainement ce compte-rendu ne sera pas dit tel quel,

c’est l’impulsion du moment qui prévaudra. Mais cela donne une idée du sujet qui sera traité….

Je m’appelle Patrice DRAI. Je suis jardinier en plantes aromatiques et médicinales, avec 2 autres associés, sur « les jardins d’Altaïr », en Périgord, d’une superficie de 3 ha, depuis 33 ans. L’activité s’est lancée en octobre 1981, et d’un couple de 2 personnes nous sommes maintenant 10 personnes à travailler sur le lieu, en production et commercialisation. Nous avons pu également étendre notre activité à d’autres producteurs de plantes de la région, et d’autres régions (régions de montagne) de France.

La page web: http://altair-plantes.com/quisommesnous/altair-perigord/

Hazoua

Said Maatoug

Mes chers participants, bonsoir. Permettez-moi de profiter de cette occasion pour remercier chaleureusement, profondément, les organisateurs de ce congrès, qui nous ont accordé cette occasion pour témoigner devant vous de notre expérience. Rencontrer plusieurs collègues, plusieurs expériences… C’est vraiment une bonne occasion pour nous d’être parmi vous.

Quelques mots au préalable sur la Tunisie. Je ne peux pas participer à un congrès et ne pas parler en quelques mots de cet événement qu’est la révolution tunisienne. La Tunisie a obtenu son indépendance en 1956, la république a été proclamée en 1957, et la constitution qui contient beaucoup de droits civils, sociaux, culturels, politiques… en 1959. Cette constitution a été proclamée, mais malgré cela le régime a échoué dans la réalisation de la plupart de ces principes. Ils sont restés théoriques. Au contraire la Tunisie a vécu des périodes très difficiles, et vraiment très instables. Pourquoi est-ce que je parle de ça ? Parce que la révolution signifie pour nous, c’est-à-dire pour nous-mêmes les agriculteurs d’oasis et tous les Tunisiens, elle signifie pour nous vraiment une grande chose, surtout face à ce qui se passe dans le monde arabe. Nous voulons offrir par cette révolution un autre exemple, et nous voulons montrer devant les peuples arabes que nous pouvons être ensemble et que l’égalité, la tolérance, et l’ouverture, c’est possible. Et nous n’allons pas perdre grand-chose en faisant ça, au contraire nous allons beaucoup y gagner.

Notre village, Hazoua, se situe à l’extrémité du sud-ouest tunisien, sur la frontière tuniso-algérienne, à 500 km au sud-ouest de la capitale Tunis. Notre groupement a été créé en 2002. Il a été formé par des agriculteurs pratiquant l’agriculture biodynamique, et créé après une expérience. Parce que normalement l’oasis, comme vous savez, est un, ou bien peut-être la plupart vous ne connaissez pas les oasis tunisiennes… Nous avons trois sortes d’oasis. Il y a les oasis côtières, au bord de la mer, il y a les oasis de montagne, il y a l’oasis saharienne c’est-à-dire dans le désert. Notre oasis, c’est une oasis saharienne, c’est-à-dire en plein désert, et donc c’est un îlot dans un milieu désertique, très aride, très difficile. La création d’une oasis dans ce milieu c’est quelque chose de très important.

Notre vie dans notre village est caractérisée par l’aspect familial, c’est-à-dire que nous vivons ensemble, nous gérons tout ensemble. Nous faisons paître les animaux ensemble, nous travaillons dans l’oasis ensemble. Toute la famille est en collaboration avec les autres familles. D’ailleurs la création de notre oasis est issue de chantiers réalisés par nos parents, c’est-à-dire qu’ils se sont réunis en groupe et ont créé cette oasis vers 1960. Cet aspect familial vient de la préférence à toujours être ensemble. En effet nos parents étaient auparavant des nomades du désert, et ils affrontaient beaucoup de difficultés ensemble. C’est ainsi qu’ils ont préservé et conservé leur vie dans des conditions climatiques très difficiles. Donc dans ce désert, où il pleut moins de 100 mm, où il y a toujours des vents secs édifiant des dunes de sable, où les êtres vivants vraiment ne peuvent pas vivre ici sauf les résistants, les êtres comme le dromadaire, dans cette région nos parents ont créé notre village et notre oasis.

L’oasis est une succession de petits jardins, toujours créée autour d’un puit, ou au bord d’un fleuve, ou d’un cours d’eau. L’eau constitue la richesse vraiment primordiale pour l’oasis. Sans eau on ne peut rien avoir, et je parle de l’eau souterraine. Il n’y a pas de pluie. L’eau souterraine, c’est la richesse qui est à la base de l’agriculture oasienne.

L’oasis, c’est un vrai paradis. Le Coran nous raconte que Dieu a dit lorsqu’il a créé Adam : « Adam, habitez le paradis, toi et ton épouse, et nourrissez-vous de tout à votre guise. » Le milieu favorable à une vie humaine, c’est le paradis. Si on perd le paradis, le milieu qui ressemble au paradis, on ne peut pas vivre. Cette expérience d’Adam, c’est comme un stage, et c’est comme s’il fallait que ses fils concrétisent ça dans la vie. C’est pourquoi le paradis est vraiment un lieu où on peut se sentir à l’aise. C’est un lieu de loisir, de beauté, c’est un lieu pourvoyant aux besoins de la vie. On ne peut pas vivre sans oasis dans ces régions-là. Mais aussi il y a la beauté, il y a un microclimat qui s’oppose à son environnement. Il y a la désertification, il y a le sirocco, il y a le climat difficile.

Nous voyons ici le paradis avec ses trois strates. Il y a le palmier, les arbres fruitiers, puis les cultures maraîchères et fourragères. Lorsque l’on irrigue les palmiers, on irrigue parallèlement trois strates dans l’oasis. L’oasis nous offre presque tout. Tout peut pousser dans l’oasis. Il y a bien sûr des variétés oasiennes mais vous trouvez tout, même par exemple la banane, qui est un produit tropical. Elle permet de produire toutes les variétés de légumes, toutes les variétés d’arbres fruitiers. Il y a vraiment une bonne biodiversité. Avant, et même jusqu’à à nouveau maintenant, elle fournit aussi le bois pour la construction, pour les meubles, pour la vannerie, c’est-à-dire pour faire des chapeaux, ou des couffins... L’oasis pourvoit à tous les besoins de l’homme. Et si l’oasis est une création, un milieu artificiel qui dépend de l’homme, l’homme à son tour dépend de l’oasis. Ce lien avec l’oasis était ancré dans la mentalité et dans l’esprit des oasiens.

Actuellement, un problème est le manque d’eau parce qu’on exploite des nappes souterraines non renouvelables. Après l’indépendance, il y a eu une explosion de créations d’oasis, alors que les volumes sont limités. Nous avons vécu de graves problèmes de manque d’eau. A cela s’ajoute le changement climatique… Auparavant, la mentalité était de frapper à la porte de l’autorité, de trouver la solution chez l’autorité, mais elle n’a procuré aucune solution majeure. C’est pour cela que nous avons pris l’initiative de résoudre ce problème. L’idée est d’exploiter d’une manière plus efficace les quantités existantes, et non pas d’appliquer les systèmes classiques utilisés sous d’autres conditions et d’autres époques. Pour cela notre groupement a travaillé en collaboration avec des bailleurs de fonds tels que le GEF, le Fonds mondial pour l’environnement, pour trouver un nouveau système d’irrigation. Nous avons fait d’excellents modèles et nous sommes en contact avec l’autorité pour les généraliser, parce que l’efficacité de ces systèmes ne peut permettre de bons résultats que si on peut les généraliser.

Vu la fragilité de l’écosystème de l’oasis, le manque d’eau, le changement climatique et la pression de la modernisation… La modernisation de l’agriculture, chez nous, c’est la tendance à utiliser des pesticides, des engrais chimiques. Tout ça, c’est la tendance de l’autorité. C’est ainsi que la communauté oasienne à un moment a senti qu’elle allait perdre la caractéristique de son oasis. Avec le temps, à cause du manque d’eau, on s’équipe de palmiers… Nous sommes tombés dans la monoculture, nous avons abandonné les arbres fruitiers, et les cultures maraîchères. Si on utilise ces pesticides, et ces engrais chimiques, nous n’allons pas avoir les mêmes légumes, ni les mêmes fruits avec les mêmes saveurs, et ils ne se conservent pas comme par le passé. Il y a beaucoup de difficultés.

Au début des années 90, il y a donc des difficultés, liées à la tendance agricole, à la politique de l’autorité, et si on veut prendre un autre chemin, c’est considéré comme une opposition par notre régime. Lorsque monsieur Sadok Saidi, à travers des contacts avec des amis suisses, des amis allemands, suivit une nouvelle façon de faire, la biodynamie, pour nous, c’était une chance de sauver la biodiversité et de donner un exemple de ce que peut être un bon modèle d’oasis. Mais l’autorité a considéré ça comme une opposition, et des enquêtes ont été ouvertes sur monsieur Sadok Saidi : « Pourquoi nous, nous voulons moderniser l’agriculture et vous, vous voulez reculer vers l’arrière ? » Mais lui a insisté pour poursuivre selon cette voie, et par la suite tout le pays, la Tunisie, l’a rejoint. Et vraiment les biodynamistes nous ont soutenu à un point très critique et nous ont donné un appui moral. Nous avons grandement été aidés par l’appui de nos amis suisses, parmi eux monsieur Reto Ingold qui est présent avec nous, et par d’autres, pour des consultations, des renseignements…

Nous avons essayé avec notre groupement de résoudre le problème de la fragilité de notre sol qui est menacé par la désertification, de trouver une possibilité de fertilisation, et la biodynamie nous a apporté un mode de fertilisation qui réduit l’évaporation et qui renforce le sol. De plus, la biodynamie, notamment le label Demeter, nous a rapprochés du consommateur. Avant il y avait le commerçant entre nous et le consommateur, et le commerçant cherche seulement son intérêt. Il ne s’intéresse ni à nous, ni à la qualité. Mais avec l’utilisation du label Demeter, on peut fournir à présent un produit qui a été bien travaillé, de qualité, au consommateur. Et nous voulons, parce que nous sommes certifiés aussi commerce équitable, nous voulons avoir des droits de producteur et également préserver les droits du consommateur. À travers le label Demeter, on peut faire ça.

Notre groupement, notre site de production, c’est un atelier d’apprentissage et de vulgarisation. On reçoit fréquemment des groupes, des associations, qui veulent savoir, apprendre des choses, voir comment ça se passe. Même la direction générale de l’agriculture biologique nous considère désormais comme un modèle exemplaire et comme des pionniers.

Site web: http://ecohazoua.org/de/index

Adaption : Aurélie Bourdot

Le jardin un terreau fertile pour cultiver la solidarite? dans nos communaute?s

Vincent Galarneau

Bon apre?s-midi a? toutes et a? tous. Apre?s quatre jours passe?s ensemble a? partager re?flexions et bonne nourriture, je me sens honore? d’avoir un moment pour vous entretenir sur mon expe?rience et mes recherches en matie?re de jardinage depuis une dizaine d’anne?es.

Mais tout d’abord, je tiens a? remercier chaleureusement les organisateurs de cet e?ve?nement, et en particulier Jean-Michel Florin et Therese Jung de m’avoir invite? parmi vous et accompagne? dans toute la logistique que cela implique. Vraiment, merci, ce fut une expe?rience inoubliable et je vous en serai pour toujours reconnaissant.

Le jardin comme lieu de re?sistance a? l’e?talement urbain

Je de?buterai ma pre?sentation par une petite histoire potage?re. Celle d’un jardin que nous avions affectueusement nomme? « La Tomate Joyeuse ». Malgre? son nom, il s’agit d’une histoire un peu triste, mais qui arrive encore trop souvent aux pourtours de nos villes. C’est une situation qui en appelle d’une prise de conscience e?largie de la population sur la valeur des jardins, et plus largement du ve?ge?tal tout entier, dans le tissu urbain.

Il y a plusieurs anne?es, je travaillais dans les jardins collectifs avec une vingtaine de familles, dont certaines vivaient des situations difficiles: pauvrete?, exclusion sociale, proble?matique de sante? mentale, inse?curite? alimentaire, etc. Autant d’humains diffe?rents qui se re?unissent autour d’un inte?re?t et d’un objectif commun : le jardinage, et plus ge?ne?ralement l’alimentation – on sait la largesse de la de?finition qu’en donnait Steiner. Voila? des activite?s extre?mement rassembleuses qui nous unissent en tant qu’humain. J’y reviendrai plus tard.

L’histoire commence donc un beau soir de l’e?te? 2005. A? la fin des se?ances de jardinage, apre?s avoir range? les outils et salue? les familles, j’avais pris l’habitude de m’asseoir sur la table a? piquenique et de regarder l’horizon au coucher du soleil pendant quelques minutes. Une petite me?ditation quoi. Je me disais que c’e?tait vraiment fantastique de pouvoir jardiner comme c?a sur une belle terre agricole situe?e tout pre?s de la ville tout en contribuant a? tricoter le tissu social. J’avais l’impression de poursuivre la mission entame?e des sie?cles avant moi sur ces me?mes terres, celle de cultiver le sol pour nourrir sa communaute?. A? quelque part, notre travail avec des outils manuels, sans engrais chimiques et sans pesticides, n’e?tait pas si diffe?rent de celui de nos ance?tres qui cultivaient la terre sans tracteur, mais avec beaucoup de solidarite? et ne?cessairement, beaucoup d’humilite?... A? cet e?gard, un exercice e?tymologique peut e?tre inte?ressant. Dans leur racine latine, l’humain, l’humanus, et l’humilite?, l’humilis, partagent un ance?tre commun et cette racine, c’est l’humus! Cela donne matie?re a? re?flexion...

Malheureusement, l’anne?e suivante, notre humilite? s’est transforme?e en humiliation. Notre jardin tant aime? devait e?tre remplace? par une route neuve bien noire qui allait permettre a? plus de voitures de circuler entre le sud et le nord de la ville. C’est un impe?ratif moderne : la circulation automobile doit e?tre fluide! Et qui, hormis notre petit groupe et peut-e?tre quelques agriculteurs des environs, s’en souciaient vraiment? On devrait pourtant e?tre

triste de voir le sol fertile, des mille?naires a? se constituer, puis des sie?cles a? e?tre de?friche?s par nos ance?tres, se voir transforme? en surface ste?rile qui perturbe le cycle de l’eau, contribue a? la cre?ation d’ilots de chaleur et re?duit bien entendu les surfaces disponibles pour produire de la nourriture. Pire encore, cet empie?tement de la ville sur les terres agricoles conside?re?es « marginales » et la relocalisation du jardin collectif n’e?taient en fait que le de?but d’une se?rie d’e?ve?nements: vente de terres agricoles a? des promoteurs immobiliers, augmentation fulgurante des e?valuations et des taxes foncie?res, pression financie?re sur les agriculteurs restants dans le secteur, etc. Certains parlaient alors d’expropriation de?guise?e...

Parlant d’expropriation, j’ai une autre anecdote a? vous raconter. Une autre petite histoire. L’e?te? dernier, j’ai e?te? invite? a? donner une confe?rence dans le cadre d’un colloque a? Rome sur l’approvisionnement alimentaire des villes. J’en ai profite? pour aller visiter l’exposition universelle de Milan dont le the?me e?tait Nourrir la plane?te, des aliments pour la vie. N’est-ce pas un beau titre? Or vous savez quoi? Cette fameuse exposition e?tait justement situe?e sur des terres agricoles, qu’on a de?truites pour faire un e?ve?nement de 6 mois! Il n’en restera plus qu’un arbre de me?tal, emble?me de l’e?ve?nement, entoure? de condominiums. Petit a? petit, le territoire agricole, partout dans le monde, est ainsi grignote? par l’urbanisation et les grands projets commerciaux et industriels. Cela doit cesser. Le sol fertile est notre grenier, c’est un immense puits de carbone, c’est un ve?ritable re?servoir de biodiversite?, un tissu vivant, une ressource pre?cieuse qui joue de nombreuses fonctions e?cologiques et e?conomiques a? la base de la chaine alimentaire et j’oserais me?me dire, de la socie?te?.

Le jardin comme composante essentielle des milieux de vie

Pourtant, il est possible de cre?er des milieux de vie de qualite? sans pour autant sacrifier notre capacite? a? nous nourrir sainement. Il est possible de construire la Ville autrement, a? l’e?chelle humaine et non a? celle de l’automobile qui prend toute la place dans l’espace urbain et qui met en pe?ril les infrastructures alimentaires (terres agricoles et e?piceries de quartier). Il faut renforcer la vocation nourricie?re des terres agricoles urbaines et pe?riurbaines et de?velopper des syste?mes alimentaires de proximite? qui reconnectent les mangeurs a? leurs aliments. Dans la publication Villes nourricie?res : mettre l’alimentation au cœur des collectivite?s, nous avons identifie? cinq grands ingre?dients incontournables et de nombreuses strate?gies pour rendre nos villes davantage nourricie?res et nos collectivite?s davantage viables. Nous proposons aux communaute?s de reprendre en charge collectivement leur environnement alimentaire, en se regroupant et en re?fle?chissant a? une strate?gie alimentaire qui priorise la sante? et l’e?quite?, avec la collaboration des autorite?s locales (communes, municipalite?s, re?gions, etc.). C’est l’e?chelon manquant dans le syste?me alimentaire actuel, l’e?chelle d’action privile?gie?e pour accroi?tre l’autonomie alimentaire.

Dans une ville nourricie?re, les jardins ne sont pas des espaces a? urbaniser, mais a? cultiver. Ce sont des e?quipements civiques, publics. Ils prennent de nombreuses formes : jardins collectifs, communautaires, partage?s, ouvriers, familiaux, jardins sur les toits, sur les murs, en bacs, etc. Ils jouent de nombreux ro?les qu’il ne faudrait surtout pas re?duire a? des fonctions de loisir. L’agriculture urbaine est une composante essentielle des milieux de vie, un ve?ritable outil de de?veloppement durable des communaute?s. Cela, la recherche le

reconnai?t de?sormais, mais les gouvernements locaux et nationaux tardent encore a? traduire cette re?alite? en actions concre?tes, pre?fe?rant bien souvent la rentabilite? foncie?re de l’immobilier a? la multifonctionalite? de l’agriculture et ses bienfaits a? long terme.

Le jardin comme garde-manger sante?

La production agricole urbaine contribue de?ja? a? nourrir pre?s de 800 millions de personnes sur la plane?te et repre?sente 15 % de la production alimentaire mondiale (Smit et collab., 1996). L’apport en aliments issus de l’agriculture urbaine permet de re?duire les de?penses alimentaires des me?nages, mais e?galement d’augmenter la consommation de fruits et le?gumes frais, notamment chez les enfants (Rauzon et collab., 2010). En plus de cette fonction alimentaire, la pratique du jardinage est conside?re?e comme une activite? physique mode?re?e ayant des impacts positifs sur la sante? (Relf, 1991; Armstrong, 2000; Brown et Jameton, 2000). En combinant activite? physique et consommation de fruits et le?gumes, le jardinage contribue a? l’adoption de saines habitudes de vie.

Le jardin comme espace vert/sanctuaire de biodiversite?

Les jardins peuvent contribuer a? l’ame?lioration de la qualite? de vie de diverses manie?res. Ce n’est donc pas pour rien la pre?sence d’un jardin communautaire dans un quartier ame?liore la perception qu’en ont ses re?sidents (Reyburn, 2002; Gorham et collab., 2009). Ils constituent des « espaces verts » au sein du voisinage. Ces espaces abritent une biodiversite? parfois e?tonnante. Ils offrent le potentiel de cre?ation d’un microclimat tempe?re? et de re?duction des ilo?ts de chaleur urbains. Les ve?ge?taux peuvent assimiler les polluants, re?duire la vitesse des vents et atte?nuer le bruit ambiant. Gra?ce a? leurs sols perme?ables, les jardins peuvent contribuer a? la gestion e?cologique des eaux de pluie et des de?chets organiques ainsi qu’a? la lutte contre lesi?lots de chaleur urbains.Ils peuvent aussi e?tre des e?le?ments importants dans la mise en place de trames vertes a? l’e?chelle de la ville.

Le jardin comme outil d’empowerment

Les plantes cultive?es de?pendent des soins du jardinier, elles ne sont pas menac?antes ni discriminantes, elles poussent de manie?re continue et progressive, suivent les rythmes journaliers et saisonniers et repre?sentent la vie a? son e?tat le plus simple. « Simplement regarder une plante peut re?duire le stress, la peur et la cole?re, et baisser la pression sanguine et la tension musculaire » (Relf, 1991 dans Brown et Jameton, 2000). Prendre soin des plantes peut devenir un premier pas dans un processus visant a? reprendre confiance en soi (Lewis, 1991). La plante dispose des caracte?res fondamentaux de l’individualite? (Morin, 1980) et avoir la responsabilite? de cette existence, la mener a? son plein e?panouissement, la faire fructifier et recevoir les fruits de ce travail peut e?tre tre?s gratifiant. D’ailleurs, une e?tude re?cente re?alise?e a? Que?bec de?montre que les jardins collectifs offre un contexte favorable au renforcement des capacite?s d’agir des personnes (Courville, 2008)

Le jardin comme espace de re?pit/de reconnexion avec soi

Le mode de vie urbain est, pour certaines personnes, une source de solitude et, pour d’autres, une source de contacts sociaux incessants. Pour les uns et pour les autres, les jardins urbains offrent une occasion de compenser les de?ficits. Aller au jardin peut e?tre une occasion d’obtenir un moment de tranquillite?. Mais c’est aussi l’occasion de « prendre l’air », de la?cher prise sur ses activite?s quotidiennes et de mettre les mains a? la terre, de toucher le « ground ». Ce « retour a? la terre », au modeste soit-il, est aussi rare que ne?cessaire dans le mode de vie urbain et peut prendre une dimension symbolique pour qui a perdu contact avec ses « racines ».

Le jardin comme lieu de reconnexion avec l’autre

Les jardins communautaires et collectifs sont aussi des lieux d’inte?gration sociale et de responsabilisation (Boulianne et collab., 2010). Il offrent des conditions favorables a? l’expression d’une citoyennete? active (Boulianne, 1999). Ils permettent aux communaute?s de re?imaginer leur quartier en y ame?nageant des espaces cultivables : c’est-a?-dire des lieux ou? il est possible de s’instruire, de cultiver des relations amicales, de rencontrer d’autres cultures, de travailler la terre et me?me de se soigner a? la fois. Pour en te?moigner, je vous re?cite les paroles de Micheline, jardinie?re au Terreau Soleil a? Que?bec en 2005 :

« Je soignais la terre et elle me soignait [...] Je me sens remplie de gratitude envers notre bonne vieille terre et d’une certaine fierte? de l’avoir comprise [...] J’ai jardine? et cultive? des amitie?s, j’ai appris e?galement a? respecter la terre, a? e?tre attentive a? ses besoins et a? en extraire le meilleur. J’ai finalement grandi a? travers cette expe?rience en apprenant a? partager mes possibilite?s et mes limites de jardinie?re avec les personnes que j’ai co?toye?es. Quelle fac?on cre?ative et stimulante d’ensoleiller mes e?te?s! »

Le jardin comme lieu d’appartenance

Le jardinage offre une occasion d’exercer son sens artistique et de participer a? l’ame?nagement d’un espace partage?. Cette liberte? d’intervention est pluto?t rare en dehors de la sphe?re domestique et avoir la possibilite? de personnaliser son environnement est une source de bien-e?tre pour beaucoup d’entre nous. La cre?ation d’un « bel » espace favorise son appropriation, son entretien et sa conservation. Ce sentiment d’appartenance pour un lieu, ce «sense of place», est d’ailleurs partie prenante d’une certaine e?thique de l’environnement (Raine, 2001). Mon environnement, notre environnement, c?a nous concernent, c?a me touche directement. C’est « le monde tel qu’il existe et prend son sens en relation avec moi [...] il est venu a? l’existence et se de?veloppe avec moi et autour de moi » (Ingold, 2000 : 20). Prendre conscience de cette unite? conduit logiquement a? une e?thique de la re?ciprocite?. Et le de?sir de prendre soin de son environnement est indissociable de la capacite? a? s’y reconnai?tre soi-me?me, a? s’identifier a? lui.

Le jardin comme empreinte dans le paysage

Or, le paysage re?sultant de l’e?re moderniste est souvent gris, rigide et peu vivant. Par leur travail, le jardinier et l’agriculteur contribuent a? la fabrication et l’entretien du paysage et donc a? la valeur esthe?tique et me?me touristique de leur coin de pays ou de leur quartier. Le jardinier ou l’agriculture qui porte l’ide?al biodynamique conside?re son jardin ou sa ferme comme une individualite? paysage?re dans laquelle « les diffe?rents e?le?ments remplissent des fonctions comme les organes d’un organisme » (Van Elsen dans MCBD, 2001 : 73). Il s’assure de conserver des zones sauvages « non productives » en e?quilibre avec les zones productives. Il veille a? impliquer sa communaute? dans le projet d’ame?nagement. Il organise me?me parfois des activite?s visant a? susciter une re?flexion collective sur le ro?le de l’humain dans le de?veloppement du paysage et de la nature.

Le jardin et la ferme deviennent alors comme des oeuvres participatives et comme le dit ce biodynamiste : « j’imagine participer au fac?onnage d’un coin de paysage pour lui donner un visage humain propice a? l’alimentation qualitative du corps, de l’a?me e?galement » (Becker, dans MCBD, 2001 : 46). Que les paysages cultive?s e?veillent ou non un sentiment esthe?tique rele?ve d’une expe?rience tre?s personnelle, mais je dois dire que certains jardins biodynamiques m’apparaissent clairement comme des ame?nagements tre?s conscients du paysage; les photos suivantes en te?moignent.

Le jardin comme lieu de vie, de re?sidence

Pour ma part, apre?s plus de 10 ans de jardinage urbain, j’ai tout re?cemment choisi d’aller m’installer en campagne. Non pas que je fuis la ville, elle continue de ma fasciner, elle permet des interactions sociales incroyables et la profusion de la culture, mais je ressens une profonde envie d’e?tre en connexion plus directe avec les e?le?ments, j’ai envie de lignes plus courbes, d’agrandir mon jardin pour y accueillir plus de diversite?. Je souhaite une socie?te? ouverte a? d’autres re?gnes de la nature. Ou comme le dit mon amie anthropologue Mary Richardson, « une poe?tique de la diversite? en tant que projet de vie » (Richardson, 2008 : 220). L’ide?al de vivre dans un jardin est partage? par bon nombre d’entre nous, mais est-ce devenu un luxe re?serve? a? une minorite?? Je lance la question, et avec elle, la question du partage des terres et de l’acce?s aux jardins en milieu urbain.

Chose certaine, mon expe?rience dans les fermes biodynamiques que?be?coises et franc?aises continue de m’habiter et m’invite a? observer attentivement ma terre, a? la connai?tre dans toutes ses zones, a? ressentir les respirations de la plane?te et le rythme des saisons. Dans le langage de la biodynamie, je dirais que je souhaite donner vie a? un organisme agricole. Dans le langage de la permaculture, je souhaite concevoir un lieu unique et re?silient gra?ce a? un design base? sur l’observation de la nature. La permaculture et la biodynamie partagent une vision holistique du monde dans laquelle l’humain e?tablit sa demeure au sein d’un grand jardin.

Mais conside?rer la ferme ou le jardin comme un organisme vivant, c’est aussi admettre qu’il peut e?tre de?sorganise?, e?puise?, malade et me?me qu’il peut « mourir ». Le proble?me, c’est que

trop de jardins et de fermes meurent encore pre?mature?ment chaque jour faute de re?el ancrage dans leur communaute? et dans leur environnement.

Le jardin comme lieu de solidarite? (humaine et environnementale)

Le jardin collectif et la ferme biodynamique sont bien souvent des lieux de solidarite? humaine. Ils he?bergent une communaute? e?largie d’habitants qui accepte les diffe?rences culturelles, les personnes fragilise?es par la vie ou les touristes de passages. Ils en appellent d’une solidarite? qui de?passe me?me l’espe?ce humaine pour embrasser les re?gnes de la nature et toute la diversite? du vivant. Cette solidarite? e?cologique

Le jardin lieu d’e?veil de la conscience

Au bilan, le jardinier biodynamiste cherche a? saisir les forces qui donnent forme a? son milieu de vie et, ce faisant, a? se saisir lui-me?me en tant qu’e?tre humain dans l’e?quilibre des forces agissantes. Il veut parfois vivifier un mate?rialisme pousse? a? ses limites et parfois re?veiller la faculte? d’e?merveillement pre?sente en chacun de nous. Comme le Petit prince de Saint-Exupe?ry, il ose demander « qui es-tu? » a? la plante, a? l’animal ou a? l’humain devant lui. Et comme lui, il accepte d’e?tre a? l’e?coute, d’e?tre patient et de prendre le temps d’apprivoiser les e?tres qui l’entourent, car il sait que ce n’est qu’ainsi que l’on peut ve?ritablement les comprendre.

Parce qu’il prend soin d’e?tres vivants, parce qu’il tente de penser de manie?re fluide et qu’il cultive sa propre sensibilite? a? son environnement, le biodynamiste est selon moi un jardinier de la conscience. Il se?me des graines qui ont le potentiel de germer dans les esprits autour de lui.

Nous avons besoin de tous les jardins et de tous les jardiniers pour affronter les de?fis de demain, pour ramener la nature dans nos villes, pour cre?er des milieux de vie nourriciers et surtout, pour cultiver la solidarite? dans nos communaute?s.

Site web: http://latomatejoyeuse.org

Video: https://www.youtube.com/watch?v=oPnn-62tl9g


Notre terre, un jardin global ?

Congre?s Agricole de la Section d’agriculture du Goetheanum
du 3 au 6 fe?vrier 2016 a? Dornach (CH), pre?s de Ba?le

Chaque anne?e, la Section d’Agriculture du Goetheanum organise un congre?s international re?unissant de 700 a? 1000 personnes venant du monde entier.

En 2016, ce congre?s sera consacre? au the?me des jardins, the?me d'actualite? par exemple avec les jardins urbains, le soin par les jardin, les jardins d'insertion, les jardins et fermes de subsistance, etc. Le titre du congre?s «Notre terre, un jardin global » e?tend le concept de jardin a? la relation entre l'e?tre humain et la nature et ainsi a? toute l'agriculture. L'apport des fondements de l'agriculture biodynamique orientera le regard vers le jardinage comme manie?re de soigner la terre.

Le congre?s 2016 traitera ce sujet du jardin sur le plan historique, e?cologique et sociopolitique par des confe?rences, ateliers interactifs, excursions, cours et expositions. Des intervenants du monde entier sont attendus pour animer ce congre?s. Actuellement ont confirme? entre autres : Marie-Monique Robin (journaliste et cine?aste, Colombie-Britannique), Herbert Dreiseitl (paysagiste de renomme?e internationale, www.dreiseitl.com), Antonio Latucca (projet social a? Rosario en Argentine, www.agriurbanarosario.com.ar), Jean-Michel Florin (Mouvement de l'Agriculture Bio-Dynamique, Co-directeur de la Section d'Agriculture au Goetheanum).

Le congre?s est ouvert a? tous. Toutes les interventions seront traduites simultane?ment en franc?ais, anglais, allemand, espagnol et italien.

De?ja? disponible: Introduction au the?me du congre?s (http://sektion- landwirtschaft.org/Jahresthema-2015-16.7741.0.html)

Registration en ligne: www.goetheanum.ch

Programme Francais

Flyer of the Agriculture Conference 2016

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