Congrès "L'approche bio-dynamique de la vigne : connaissances, pratiques et recherche" du MABD

"L'approche bio-dynamique de la vigne : connaissances, pratiques et recherche"
organisé par le Mouvement de l'Agriculture Bio-Dynamique
les 25 et 26 février derniers à Arbois.

Des vidéos des interventions, certains diaporamas et résumés sont enfin disponibles sur
le site Internet www.bio-dynamie.org dans le Coin Agriculteur / Approfondir :

www.bio-dynamie.org/congres-viticole-arbois-2016/

Nous espérons que vous y trouverez de nouvelles pistes de réflexion
et de mise en pratique de la biodynamie sur vos domaines.

La viticulture biodynamique

De plus en plus nombreux sont les viticulteurs qui s’intéressent à la viticulture biodynamique. Les bons résultats de l’emploi de la biodynamie tant en ce qui concerne la fertilité des sols que la qualité du raisin ont convaincu de nombreux viticulteurs. De plus, la conversion d ‘un certain nombre de domaines réputés a incité de nouveaux viticulteurs à pratiquer la viticulture biodynamique. Cependant la conversion complète d’un domaine viticole en biodynamie présente de nombreux défis au viticulteur. Comment transformer un domaine viticole qui est le plus souvent une monoculture en organisme agricole ? Comment introduire des animaux ou au moins la qualité animale dans un domaine viticole ?

De nos jours, la plupart des vignobles sont très fragiles à de nombreuses maladies et parasites. Suffit-il d’appliquer le principe de l’organisme agricole et les préparations biodynamiques pour créer des vignobles sains et productifs ? Dès 1923 Rudolf Steiner a rendu attentif au fait que l’on avait fait des erreurs fondamentales après la crise phylloxérique et que la vigne continuerait de dégénérer si on ne changeait pas le mode de culture.

"...avec les moyens qui permettent de combattre le phylloxera sur les plants américains il ne fut pas possible de combattre la maladie sur les plants européens. Et la conséquence fut que l'on put maintenir en bonne santé les plants américains qu'on s'était mis à planter mais que les plants européens périrent quand même. On en fut réduit à abandonner totalement le plant européen et à américaniser entièrement le vignoble. La viticulture se transforme alors complètement et elle devient quelque chose d'autre.(...) On ne peut pas penser d'une façon aussi mécanique ; il faut bien comprendre qu'une chose est, en vertu de sa nature toute entière, acclimatée à un lieu déterminé. Il faut en tenir compte sinon on peut bien obtenir un succès momentané , mais rien de durable. » (Extrait GA 351, Confèrence du 10 Decembre 1923)

Comment penser la viticulture de manière radicalement nouvelle pour véritablement régénérer la vigne ? Et liée à cette question, se pose une seconde question : quel est le rôle de la vigne et de ses produits (vin, jus, vinaigre, remèdes à base de vigne et de vin) aujourd’hui et dans le futur ?

La Section considère que c’est son rôle, avec d’autres partenaires du mouvement biodynamique d’apporter une contribution à ces questions. En s’orientant vers les questions fondamentales touchant la viticulture et en organisant des échanges, nous souhaitons favoriser la recherche fondamentale et la mise en place d’expérimentation pratique.

La nature de la vigne

Observation goethéenne de la vigne

Jean-Michel Florin

Une plante sociale de très forte vitalité

 

Jean-Michel Florin, de la maison de la biodynamie à Colmar, propose une observation de la vigne selon la méthode goethéenne. Une plante dont la caractéristique principale est sa force vitale, révélée notamment par sa multitude de bourgeons et sa capacité à exploiter la lumière pour en faire des sucres. Mais le mot “vitis” n’est-il par en rapport avec celui de “vitalité” ?

Le mouvement d’agriculture biodynamique à Colmar, Demeter International et la Section pour l'Agriculture du Goetheanum ont organisait ce week-end un congrès international à Colmar sur la viticulture biodynamique. Il rassemblait une centaine de viticulteurs venus parfois de contrées assez lointaines.

Force est de constater que l’approche goethéenne pour observer et comprendre les phénomènes vivants intéresse de plus en plus la communauté scientifique, si l’on en juge les publications dans les revues internationales comme Nature ou Plos One. Ou tout récemment dans la revue Pour la science. Des chercheurs ont constaté que Goethe avait décrit il y a deux siècles déjà, l’organisation de la fleur, en expliquant les relations étroites entre ses différents organes floraux: les sépales, les pétales, les étamines et les pistils. Une relation qui vient d’être confirmée par la voie de la biologie moléculaire. Mais Goethe n’utilisait pas de technique intrusive. Ce qui a conduit les scientifiques à qualifier Goethe de “visionnaire”, sans pour autant s’interroger sur la méthode qui lui a permis de décrire avec justesse autant de phénomènes naturels, bien avant que la science ne vienne les confirmer. Si l’oeuvre scientifique de Goethe est aujourd’hui moins connue que son oeuvre littéraire, elle est néanmoins à la base de nombreuses disciplines comme la biodynamie.


Comment Goethe a-t-il procédé pour décrire les phénomènes naturels ?

La proposition est d’observer, sans a priori, la plante comme un processus et non pas comme une chose. Par exemple, “la réflexion utilitaire” consisterait à expliquer que la vigne fait des vrilles pour s’accrocher aux arbres. En approche goethéenne, la proposition est inversée: elle s’accroche aux arbres parce qu’elle a des vrilles. En observant au plus près de la nature profonde de la plante, au-delà des mécanismes moléculaires en jeu, Goethe propose une approche sensorielle (poétique disent les scientifiques), qui consiste à percevoir au moyen de ses sens (l’approche synesthésique), les forces actives (soleil, eau, vent, type de terre) qui interfèrent sur les processus vitaux.

Concrètement, la méthode goethéenne consiste à observer par exemple l’évolution morphologique des feuilles d’une plante au cours de sa croissance. Prenons l’exemple d’une plante comme la renoncule dont les feuilles ont des formes différentes, des feuilles larges et peu découpées à la base, et à mesure qu’elles sont situées à proximité de la fleur, leur morphologie est de plus en plus découpée, de plus en plus fines, jusqu’à la fleur. Pourtant, ces dernières feuilles n’ont pas de fonction de capteur solaire. Chaque feuille est une image précise de l’état de la plante au moment où elle l’a formée et de l’environnement dans lequel elle a poussé. Dans sa méthode, Goethe saisit ce qu’il appelle la plante originelle. Quelle est l’idée du principe de vie commun à toutes les plantes, en considérant ensuite que les plantes sont une spécialisation de ce principe de vie ? Les plantes sont le reflet du milieu. Et un regard physionomique permet de comprendre ces interactions. Par exemple, à l’ombre, les plantes perdent leur forme, au soleil elles ont des formes plus complexes. Ainsi, la lumière renforce-t-elle la structure d’une plante, tandis que la richesse du sol renforce la quantité de matière. Si l’on met côte à côte tous les types de feuille d’une même plante sur un herbier au cours d’un cycle de croissance, on observe qu’elle évolue en passant par 4 stades de morphogenèse: d’abord la feuille s’allonge dans l’espace, puis elle s’étend, puis elle devient découpée, enfin elle se contracte, pour laisser place à la fleur (Voir planche). Goethe, interprète ces stades par l’influence de 4 forces successives qui donnent naissance aux formes.

La même méthode d’observation est portée sur la germination. Toute graine produit une racine et une tige, toujours selon un axe vertical. Mais par exemple, la reproduction par bouturage supprime cet axe vertical, “ce pivot” au niveau des racines, et donne d’emblée des racines adventives. Puis la croissance va se poursuivre jusqu’à être stoppée par la floraison pour la plupart des plantes.


Application à la vigne

A l’origine, la vigne Vitis sylvestris est une liane qui pousse en forêt alluviale, qui peut croître jusqu’à 30 mètres dans une ambiance de pénombre, et qui s’élève toujours vers la lumière. L’espèce Vitis sylvestris vit sur des sols très riches où généralement réside une grande diversité de faune et de flore. A la différence par exemple du blé. A l’origine, c’est une plante dioïque, avec des pieds mâles et des pieds femelles qui ont des formes différentes, et qui doivent nécessairement se croiser et finalement donner une descendance très différente, inéluctable à ce genre de reproduction. Les feuilles des pieds mâles sont beaucoup plus découpées que celles des pieds femelles.

Si on regarde la croissance juvénile à partir d’un semis de pépin, les feuilles poussent selon un ordonnancement en spirale autour de la tige, puis elles sont opposées, feuille – vrille, ou feuille – fleur. D’un point de vue goethéen, la question n’est pas de savoir à quoi ça sert, mais qu’est ce que cette évolution de la disposition exprime ?

Une liane est une plante par nature tournée vers l’extérieur, une plante “très sociale” c’est-à-dire qui apprécie la compagnie d’autres plantes. A l’opposé, par exemple du conifère, une plante tournée vers l’intérieur capable de se développer seule. Alors que la vigne va utiliser et révéler une géochimie de la terre, le conifère lui s’impose voire même modifie la géochimie du sol sur lequel il pousse en l’acidifiant. Sur certains cépages, l’observation des feuilles suggère que “la forme a du mal à contenir la matière”, d’où des feuilles boursouflées, très peu découpées, dites en nénuphar. C’est une observation générale commune : les cépages rouges ont des feuilles plus découpées que les blancs. C’est d’ailleurs un phénomène également observable en comparant les feuilles en lien avec la pigmentation des autres plantes comme le chou blanc et le rouge, ou même des arbres. En observation goethéenne, la vigne est une des rares plantes à contenir autant de bourgeons latents, dormants, axillaires. Elle se caractérise également par sa grande capacité à utiliser la lumière pour en synthétiser des sucres et à les stocker. Si la fleur est discrète, en revanche le raisin est très végétatif, il porte en lui la puissance végétative de la vigne. C’est la particularité du genre Vitis, d’être de très forte vitalité, mise à profit d’ailleurs en médecine en extrayant des principes actifs destinés à “vitaliser” des organes comme le foie.

La vigne surprend aussi en tant que liane par sa capacité à métamorphoser ses sarments en bois ligneux et donc à conserver sa matière. Ce qui montre ici son besoin de sécheresse, de lumière, et de chaleur, à ce stade, typique des bonnes conditions nécessaires à la maturation. Une observation enfin pour le moins étonnante est celle du comportement de la vrille, “un organe de préhension, presque animal”. Si la vrille ne touche rien, elle sèche et tombe, en revanche, si elle s’agrippe, alors elle se lignifie et devient dure comme du bois. Dans le cas de la vigne, la fleur a la qualité morphologique de la vrille et inversement, c’est un cas rare chez les plantes.


Pour comprendre et se procurer le calendrier de biodynamie : www.bio-dynamie.org

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